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Grégory Privat « Family Tree », la beauté de l’évidence

Grégory Privat trio - Family Tree

Il ne faut pas se fier à l’abstraction de l’arbre qui figure sur la pochette de Family Tree. Le disque miroitant qui s’y cache révèle une musique plus impressionniste qu’abstraite, tant elle fait place à la lumière et aux parfums de l’air.

Grégory Privat signe avec cet album un nouvel opus d’une grande musicalité. La contrebasse de Linley Marthe et la batterie de Tilo Bertholo l’accompagnent  tout au long d’un album dont on se plaît à souligner  la qualité de l’éloquence tout autant que celle de la retenue.

Ce qui marque d’emblée l’oreille attentive, c’est le toucher du pianiste.

Dans le morceau qui porte le titre du projet, il fait la démonstration de ce détaché sur le legato sensible et à la fois incisif,  faisant de l’écoute de l’album de près de 73 min un plaisir véritable.

Sizé nous invite, comme pour chaque morceau, à nous asseoir  pour écouter. Écouter cette main droite qui raconte, qui virevolte, qui se pose et repart tout autour de clairs-obscurs que ménagent des flagrances d’accords majeurs.

C’est que ce jeune homme de 32 ans  possède une forme d’élégance dans l’exposition de ses thèmes. Cette manière particulièrement raffinée d’introduire la première phrase qui démarre la narration. Dans Filao, on se surprend à suivre un chemin dans les sous-bois, d’où l’on pourrait, si on élevait le regard, contempler le miroitement du soleil pris dans le jeu des branches.

Family Tree

C’est avec la même élégance qu’il nous  livre Ladja.

Le ladja est une forme de capoeira martiniquaise où les deux protagonistes simulent un dangereux affrontement. Là est l’art de cette danse : l’esquive, la respiration. C’est aussi ce que développe Grégory Privat dont l’éloquence du piano n’est jamais une surcharge de notes. Par endroits,  il rejoint la contrebasse pour chanter à l’unisson, puis s’éloigne. Le ti-bwa, suggéré ou manifeste, indique que l’espace est maintenant dédié à la danse.  Dans la scansion conjuguée du piano qui retrouve à nouveau la contrebasse, on entend comme un signal. Il  annonce et soutient le jeu de l’attaque et de la feinte, matérialisé par le chorus de batterie. Puis le piano reprend le fil de son discours comme pour nous dire « réfléchi si sa ! ». Méditons là-dessus.

Seducing the sun semble être écrit avec des lignes de lumière. Celle qu’on ressent aux premiers rayons de soleil, esquissant  la promesse du jour, jusqu’aux oranges plus soutenus qui disent le soir prochain. Un trois temps qui se donne et qui se danse dans  l’intimité du cœur.

Voilà bien le charme de ce Family Tree. Grégory Privat nous inscrit de facto dans un rapport intimiste avec la musique. Nous nous délectons des histoires musicales développées avec le rare raffinement de sa main droite. Si dans Happy Invasion, elle s’enhardit dans les méandres foisonnant telle une toile de Jackson Pollock, dans La Maga, elle cristallise ce scintillement qui illumine tout l’album.

Un équilibre précieux et jamais pesant.

La beauté de l’évidence en somme.

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