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Jazz à Junas – Miguel Zenon / Richard Bona

Miguel Zenon quartet

Après que la pluie ait menacé toute la journée, et joué avec les nerfs des organisateurs, c’est finalement avec seulement une demi-heure de retard que le programme de cette dernière soirée de Jazz à Junas 2016 a pu démarrer. Pour la clôture du festival, étaient donc programmées deux pointures bien contrastées, mais toujours dans l’esprit caribéen de cette édition, le quartet de Miguel Zenon puis le Mandekan Cubano de Richard Bona. Le saxophoniste portoricain est venu en quartet, accompagné par le grand pianiste vénézuélien Luis Perdomo, Henry Cole (batterie) et Hans Glawischnig (contrebasse). Avec un répertoire original, qui constituera la matière de son prochain album, Miguel Zenon démarre très fort avec un « Academia » pièce technique s’il en est, qui débute avec cinq minutes ininterrompues et époustouflantes du saxophoniste. Les chorus alternent ensuite et situent immédiatement le niveau général du groupe, dont on ne doutait que peu. Deuxième ambiance plus introspective pour suivre, dans laquelle Miguel Zenon, accompagné aux percussions, souffle tout en puissance contenue. Luis Perdomo fait vibrer un clavier qui parait presque comme un jouet devant sa stature imposante. Il délivre, avec une dextérité et une précision déconcertantes, des phrases sorties d’ailleurs qui paraissent ne jamais vouloir finir. La lenteur du morceau jusqu’ici est une feinte qui débouche sur une deuxième partie affolante de vélocité. Le groupe enchaine en trio, sans le saxophoniste et installe un groove lent sur lequel s’exprime la contrebasse. Miguel Zenon rentre ensuite dans le morceau pour faire monter le rythme et presque une sorte de transe. Il pose finalement le saxophone pour s’adresser au public en espagnol « porqué es mejor que en inglés », et présenter la suite du programme, « Sangre de mi sangre », dédié à sa fille. Une pièce toute en douceur, qui balance lentement, au gré du petit vent qui s’est levé sur les carrières. Comme sur l’ensemble de ses pièces, le saxophoniste parsème ses titres de ruptures rythmiques soudaines, pour mieux revenir ensuite à son idée de départ. Le latin jazz explose enfin avec le dernier morceau du set, qui permet à Luis Perdomo, puis à Henry Cole de s’exprimer pleinement. Pour le rappel, Miguel Zenon nous propose une superbe ballade, et clôture sa prestation dans un enchantement mélodique.

Richard Bona & Mandekan Cubano

Comme c’est le cas depuis le début du festival, la programmation nous réserve chaque soir des ruptures, et cette diversité exprimée révèle la richesse du creuset musical caribéen. C’est donc au combo Mandekan Cubano, emmené par Richard Bona, qu’il revient de clore cette édition 2016. Après le jazz fusion – avec Joe Zawinul entre autres, après ses premiers disques entre jazz et Afrique, après des projets autour du Blues, du Brésil, le bassiste continue son exploration des développements de l’influence africaine dans les musiques actuelles avec Cuba. Il a déjà parsemé ses précédents disques de ces influences, et c’est justement avec un « Ekwa Mato » redynamisé qu’il lance d’entrée les hostilités. Le Mandekan Cubano connait clairement le job et est d’une efficacité incroyable. Section de cuivre hyper affûtée, avec Rey Alejandre au trombone et Dennis Hernandez à la trompette, claviers de feu – Osmany Paredes, qui donnera toute la mesure de son latin groove au fur et à mesure du concert, et section rythmique inébranlable avec Luisito Quintero et Roberto Quintero aux percussions, Ludwig Afonso à la batterie. Pour l’anecdote, Luisito Quintero était déjà présent sur le tout premier album du bassiste, « Scenes from my life »… Si, si ! Ceux qui jusque-là s’étaient sentis un peu frustrés sur le plan salsa peuvent être rassurés, on est en plein dedans ! Richard ne démontre rien, mais emmène l’ensemble avec toute la finesse et la technique qu’on lui connait, joue de son synthé basse pour ajouter un chorus d’harmonica tout en sensibilité, s’amuse visiblement sur scène et s’écarte pour laisser ses musiciens s’exprimer. Richard Bona sait aussi mettre le public dans sa poche en un tournemain, et ne manque pas de le faire participer, en chants et rythmes. La set list comprend des atmosphères variées, et permet aux cuivres de s’exprimer aussi en chorus – trompette bouchée ou non, et trombone donc. Mais dès que les riffs fusent à nouveau, le public est aux anges… qui finit par se lever complètement pour venir au-devant de la scène. « Mais où sont les danseurs à Junas ? » demande Richard. Avec la reprise de « O Sen Sen Sen », c’est un bouquet final en forme de fête générale que nous offre le bassiste ! Succès assuré.

Placide Zephyr

C’est donc sur ces notes que s’achève l’édition 2016 du festival Jazz à Junas. A mon sens un grand cru, même si je suis probablement partial sur ce point. Il faut aussi préciser que Jazz à Junas ne se limite pas aux concerts, et que par exemple, des artistes plasticiens réalisent tout au long de la semaine, des toiles inspirées par la musique et exposées dans le village du festival. Parmi les artistes présents cette année se trouvait – coïncidence ou pas ? – Placide Zéphyr, peintre d’origine haïtienne, particulièrement émue par les concerts Jazz Racine Haïti et Creole Spirits, inspiration qu’elle a en partie taché de retranscrire dans son œuvre. Enfin, il est indispensable de saluer le travail réalisé par les bénévoles, l’association et les partenaires du festival tout au long de la semaine. Professionnalisme et chaleur humaine. Un cocktail qui fonctionne à merveille. Il faut aussi rappeler que Jazz à Junas ne se limite pas aux concerts de l’été, mais propose des manifestations tout au long de l’année, dont la programmation est à retrouver sur leur site. A très vite donc !

PS. Je voudrais surtout vous demander de m’excuser pour la qualité déplorable des photos qui ont illustré cette série d’articles sur Jazz à Junas. J’en suis parfaitement conscient et vous aurez bien compris qu’il s’agissait surtout de pouvoir avoir quelques ponctuations graphiques et colorées au long de ces lignes…

A retrouver sur le net :



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