Abracadabra in Jazz - Jazz

[Abracadabra in jazz] John Cotrane, ou l’alchimiste du son

Le Jazz est une musique de création qui varie selon l’individu ce qui conduit à dire qu’autant de grands jazzmen, autant d’univers singuliers. Le véhicule créatif est soit une de ses compositions ou soit d’autres écrites par des musiciens de qualité.

Aux Etats-Unis le véhicule le plus utilisé car partagé par le grand public quelle que soit son identité ethnique est le standard. C’est en général une composition musicale qui s’adresse à une large audience en lui apportant de par la mélodie et les paroles une réponse à ses idéaux existentiels et à son vécu quotidien. Ce caractère symbolique est assumé par tous à la fois pour la forme et le fond. Les standards de Broadway composés pour des comédies musicales, sont connus de toutes les communautés grâce à leur large diffusion sur les médias et elles s’identifient pleinement aux paroles et aux airs des chansons

Puissance de la réalité de la musique populaire.

Prenons par exemple ” These foolish things ” interprété par tous les chanteurs et musiciens. Cette mélodie leur permet de toucher un auditoire et peut par le talent qu’ils vont y exercer faire vivre la philosophie et l’atmosphère sentimentale évoqués dans cette œuvre.

Quand il s’agit d’un musicien de jazz tel que John Coltrane nous aurons droit à un peu plus car un facteur inhérent au style musical dit jazz va s’imposer. L’excellence de l’interprétation et surtout l’improvisation sur les harmonies vont faire entendre une mélodie secrète de l’original qui sera curieusement extrêmement fidèle au sens du thème original, comme une sorte d’extension de la composition non dite par l’auteur. L’approche modale pratiquée par John Coltrane augmentera de plus l’assise musicale de la mélodie à l’infini.

Pour s’en persuader, il faut écouter les standards nombreux de sa période discographique chez Prestige. Ces mélodies qui sont fort diverses et différentes, souvent ignorées par d’autres musiciens, servent à John pour nous conduire dans un monde musical cosmique où Dionysos et Eros sont rois. La joie totale et la complète satisfaction musicale sont garanties.

Pour accéder à cet univers de plaisir gravez ces standards sur un support CD l’un à la suite de l’autre, en tachant de composer une sorte de suite basée sur l’ambiance de chaque mélodie et vous pourrez arriver à un monde où l’unité d’exécution est toujours conçue par une approche orgasmique. La technique actuelle le permet et vous permettra d’être créatif comme le saxophoniste et ses acolytes, la plupart du temps Red Garland au piano, Paul Chambers à la basse et Arthur Taylor drums qui communiaient avec la même foi.

Quels sont les raisons plausibles ou pas de John ? On peut parier qu’il y a là par l’usage d’une mélodie partagée et connue de tous, une tentative prométhéenne de parler à tous en offrant la beauté sublime exclue du monde quotidien. Tentative d’amour total dédiée à tous. Vous pourrez aller encore plus loin dans la découverte de l’univers de John en variant à l’infini selon vos différents essais l’écoute de ses improvisations sur ces mélodies qui l’inspirent et en les cadrant selon leur intensité et votre choix.

Certains diront que Prestige a peut-être misé sur la facile pénétration du marché de ces airs connus au niveau du public peu jazzistique ! Certainement possible. Mais John est Elegua the trickster, et il se prête à ce jeu ambigu où les masques ont plusieurs visages. Il faut savoir que ces sessions d’enregistrement par Rudy van Gelder au studio de Hackensack dans le New Jersey c.a.d. en face de New York se font de nuit après le travail en clubs et que le but est de se faire du fric et pour John d’avoir de quoi s’offrir plus tard à Harlem son liquide d’héroïne requis .

A cette époque le musicien est un junkie comme beaucoup d’autres musiciens et si le milieu le dit avec un terme si dérisoire et dévalorisant c’est que la dope ramène sociologiquement à la dépendance autrement dit à la non-liberté existentielle qui régit la vie de tout afro-américain à cette époque. John vit cette vie que certains diraient tragique le plus musicalement possible et la substance lui permet de s’enfermer dans son monde purement musical et d’échapper à la condition et aux situations difficiles qui sont celles de la connexion.

Dans un ailleurs intérieur John Coltrane se donne totalement à la musique comme s’il rentrait en religion. La poursuite de cette communion hautement voulue ne s’arrêtera jamais pour John. Elle est dans ces années 50 déjà clairement exprimée et aboutie. Le don total de la beauté spirituelle.

Quels que soient les moyens empruntés pour y parvenir, l’essentiel est l’offrande. Le prix est de seconde importance. L’expérience devient capitale comme chemin indispensable menant à la découverte. Pratiquez le John Coltrane de cette époque Prestige et vous découvrirez que le jazz est de la musique religieuse d’origine Yoruba pour vous amener au monde cosmique.

Les autres périodes Atlantic et Impulse de John Coltrane ne feront qu’amplifier cette recherche insatiable. Ces périodes discographiques ont leur originalité propre car la démarche du musicien sera encore plus à une autre altitude, et compte tenu de l’adresse acquise à manier l’outil, l’œuvre sera encore plus ciselée. De plus pour la dernière période l’urgence deviendra telle que l’absolu sera total et dévorant comme le feu sacré.

Nous reviendrons sur ces périodes.

Luc

P.S. Il est captivant et déroutant pour l’esprit de faire jouer le hasard en musique ; par exemple en utilisant les techniques de gravure actuelles, en composant à partir des œuvres existantes, en les opposant et en les mélangeant et s’offrir une écoute nouvelle.

Le hasard peut jouer sa carte. Ainsi une fois sur un cd de Miles électrique une poussière durant le solo de Chick Corea a rendu le son répétitif et tout de suite cette nouvelle musique fascinante a capté mon attention. Cette musique inattendue était enregistrable. Hélas par manque d’équipement ce ne fût pas possible. Je l’ai toujours dans l’oreille, tout de même.

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