Abracadabra in Jazz - Jazz

[Abracadabra in jazz] Le Gwo-Ka et le dilemne d’être jazzé

Le jazz est tout d’abord nord-américain et les Etats-Unis sont un empire ce qui implique une nature impérialiste et donc une présence hégémonique dans le monde et ceci depuis la deuxième guerre mondiale.

Souvenons-nous de la théorie de Monroe  » l’Amérique aux Américains  » – traduisez aux Etats-Unis. Premier pas de souveraineté géopolitique en direction de la Caraïbe, de l’Amérique Centrale et du Sud. Puis présence jusqu’à nos jours de leur puissance dans le reste du monde. Aujourd’hui tout est bouclé. Présence dominante culturelle : cinéma, média, musique et jazz. Ceci est la civilisation américaine.

Dès les années quarante où le jazz ne faisait que se répéter à en mourir, les forces créatives  » black  » à la recherche de leur identité changèrent les modes en imposant leur vision musicale du monde avec le be-bop, et de plus, allèrent à la rencontre des autres musiques afro-américaines existant dans leurs ghettos, les enrichissant considérablement, inventant par ce métissage d’autres styles portant en eux toute l’énergie du jazz.

La musique cubaine fut la première à se conjuguer puis suivirent la brésilienne, la jamaïcaine, et toutes les autres musiques du continent américain créant un dynamisme culturel au sein des acteurs. L’apport fut extrêmement profitable à toutes, même si souvent beaucoup y perdirent leur âme à fréquenter impunément ce monde commercial impitoyable qu’est le show business américain.

Certains mouvements musicaux étaient épargnés dû à leur singularité, le zouk et le gwo-ka par exemple en ce qui nous concerne. Quoique Miles ait donné sa version zouk (Amandla) très riche mais restée non exploitée. Ce mois-ci sort en CD un essai très attractif mené de front par le groupe de Guy Konket renforcé par le saxophoniste de jazz David Murray et d’autres musiciens de qualité nord-américains, sous le nom de  » Yonn-dé « .

On ne peut qu’être séduit par cette réunion musicale américano-guadeloupéen partant du gwo-ka et le jazzant comme il convient. Cette opération ne peut qu’ouvrir des horizons prometteurs à tous les niveaux : humains, économiques et culturels. Tout semble beau et bien.

Mais – car il y a un mais, et il semble et cela pourra être vérifié par tout un chacun selon ses goûts et jugé positivement ou négativement – mais donc, la musique gwo-ka ou du moins son esprit demeure elle-même et il en est de même du jazz, donnant une musique hybride de qualité laissant une impression de placage des genres.

Il faut dire que l’approche musicale de David Murray est une démarche de recherche vers l’exotisme comme vertu régénératrice (Cuba, Sénégal, Maroc, et autres) d’une inspiration qui dans le jazz s’épuise ; les différents courants actuels aux Etats-Unis sont relativement à cours de trouvailles et de propositions de qualité. Ceci n’est pas mauvais en soi mais faudrait-il encore aller vers les musiques du monde avec respect et profondeur pour en approcher l’âme.

Le temps lui-même consacré à ses différentes propositions à partir de musiques du monde ne semble pas prendre en compte le minimum requis pour une recherche constructive et créative, nécessaire… et la démarche reste relativement superficielle sinon plaisante.

Il faut ici s’inspirer de Boileau  » cent fois sur le métier « .

Gérard Lockel qui avait été contacté par ce grand saxophoniste black, un des patrons du free et du jazz moderne, demandait à ce que l’entreprise porte en elle deux conditions primordiales et essentielles : le temps et la mutuelle connaissance et reconnaissance des deux genres.

Curieusement, à cette requête raisonnable il n’y eut pas de suite de la part de l’impétrant nord-américain. Car réussir avec le gwo-ka ce qui a été réussi avec la musique afro-cubaine implique une inter-relation humaine, culturelle, rythmique et sociologique et s’étalant sur la durée. Pour le jazz afro-cubain il a fallu pour aboutir des hommes de musique, des années de maturation, des exercices d’adaptation rythmique, des échecs, des lieux aussi différent que la Havane et New York (Spanish Harlem) et surtout le public comme terrain d’expérimentation et élément d’appréciation et de jugement.

Tout cet esprit n’est pas encore de la partie mais une porte est entrebâillée, faisant rêver les audacieux.

Pour Guy tout est bon car il reste pur gwo-ka et démontre sa curiosité qui prend en compte une réunion allant au-delà de nos petites frontières auto-limitatives, géographiques et culturelles. Les expériences positives inter-humaines ne se décrètent pas ; elles doivent correspondre à des nécessités et des impératifs d’ordre supérieur relevant du social et du politique.

Cette belle et plaisante expérience, comme on pourrait le dire d’une belle fleur apparue un beau matin dans le jardin tel un signe éphémère et douloureusement sans lendemain, nous ramène à nous-mêmes et à notre éloignement très mal-vécu du monde afro-américain. Demain apportera certainement une réponse à notre impérieux désir de connaître l’autre afro-américain et de nous fondre avec et en lui. Acte suprême s’il en est d’anthropophagie culturelle (selon Oswaldo de Andrade) déjà opéré avec succès avec l’Europe.

Et puis n’oublions pas que rien ne peut se faire de durable sans s’appuyer sur des considérants socioculturels et économiques forts, signifiants, et vrais. Ici il ne s’agit pas de définition au service de l’individu mais plutôt du collectif. Le collectif est hélas pour l’instant en Ile de France et non en Amérique. Alors ! Une expérience antillo-métropolitaine maintenant serait-elle plus en harmonie avec notre vécu existentiel. ?

Difficile d’effacer l’histoire !

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