Louis Xavier – bassiste, Martinique
Le bassiste martiniquais Louis Xavier s’est éteint en novembre dernier, malheureusement dans la plus grande indifférence. Depuis les années 70, il faisait partie des innovateurs au carrefour des musiques créoles et du jazz, nourri dans le creuset cosmopolite parisien. Le collectif Synchro Rhythmic Eclectic Language, fondé avec le batteur Eddy Gaumont, fut un laboratoire fertile au sein duquel défilèrent des musiciens tels que Jean-Louis Bucchi, Eric Cosaque, Talib Kibwé, Jo Maka, Georges-Edouard Nouel, Mino Cinelu et de nombreux autres. En 1981, Louis Xavier présentait Ladja « Jazz with a West Indian Soul », sur lequel on retrouve de nombreux membres du Synchro Rhytmic, et vite devenu un album culte, et surtout introuvable. En 2018, Julien Achard, digger de disques hautement confirmé, avait entamé le projet de rééditer l’album. Pour l’occasion, il avait demandé à Jacques Denis s’il pouvait écrire une biographie de Louis Xavier, ce qui fût fait, et constitue le texte présenté ici. La réédition de l’album n’eut jamais lieu, doublée au dernier moment par un pressage très peu autorisé. Ce texte n’avait donc jamais vu le jour non plus et je remercie ici Julien et Jacques d’avoir permis cette publication. Mes remerciements également à Solange et Pascale, les filles de Louis Xavier, qui nous ont très aimablement fourni quelques photos pour illustrer l’ensemble. Les crédits en sont cependant inconnus, et si vous reconnaissez l’auteur de ces clichés, n’hésitez pas à nous le dire pour que nous puissions les citer.
Biographie
En ce début février 2019, il vient de fêter ses 80 ans. « Le temps passe vite. Tout ce que j’ai vécu, c’est extraordinaire. » Au moment de dérouler le film de sa vie, l’octogénaire a le sourire fugace et le souvenir tenace. Pas de place à la nostalgie pour cet homme dont l’acuité rappelle que la pratique des arts martiaux, aïkido et judo surtout, reste un bon moyen de tromper les années, « une bonne manière de mobiliser l’énergie dès que nécessaire » quand l’heur l’exige. Et il va lui en falloir pour revenir en arrière.
« J’ai eu très jeune des blessures dans ma vie qui m’ont façonné. On ne guérit pas de son enfance. Ça m’a donné une certaine sensibilité. » Il est des phrases qui donnent des clefs pour tout ce qui suit. Louis-Xavier ne masque pas ses failles comme il ne mâche pas ses mots, à l’évocation de ses premières années, auprès d’un père dont la fermeté des opinions ne souffrait contestation. Très engagé à gauche, secrétaire des marins navigateurs, cet homme poteau mitan sur le port de Fort de France inculqua des valeurs à sa marmaille. « J’ai vu défiler chez moi des gens de toutes les couleurs, de tous les pays. Il était au-delà des questions de couleurs. » Cela restera un des marqueurs du futur citoyen que sera le musicien Louis Xavier. Et la musique sera l’un des échappatoires du gamin, l’occasion de rêver d’ailleurs.
Avant de partir plus loin, au-delà, il va suivre la voie classique, tâtant du violon, intégrant même le symphonique de Fort-de-France. « C’était le modèle dominant. Il nous fallait dominer les armes culturelles du maître. » Mais c’est sur le sable de l’anse Arlet, « après avoir traversé la rade par la pétrolette », que l’adolescent qu’on surnomme alors Ti Lou touche du doigt une autre musique. Celle des pêcheurs qui jouaient de la percussion, qu’il accompagnait de son violon. « On faisait de la musique Ti bal ! » Bientôt il choisira la contrebasse (et surtout la basse, « plus commode »), des cordes mais du rythme, tout en un. « C’est le cœur de l’orchestre, son pilier. », assure ce grand fan de Mingus, homme en colère et jazzman en mouvement perpétuel, musicien dont l’ADN transcende les affaires de frontières. « Le vrai bâtard, c’est le futur citoyen du monde. C’est la ramification du monde. », insiste Louis Xavier, dans une fulgurance qui rappelle un autre Martiniquais, chantre du Tout-monde, Edouard Glissant.
Justement, à la fin des années 1950, le jeune homme quitte son île natale, le Bac en poche. En bon élève, il aurait pu partir étudier outre-Atlantique. Il choisit la France, des études de médecine, « comme Georges-Edouard Nouel », un autre musicien avec lequel il échangera. « Aux Etats-Unis, j’aurais eu une autre carrière, mais ça ne m’intéressait pas. » Lui est avant tout mu par le désir d’échapper au moule paternel, et tout autant au besoin de s’émanciper des clichés. En débarquant dans cette France qui décolonise, il se rend compte de ses « manques ». Traduire : « On connaissait mieux le mont Blanc que la montagne Pelée ! » C’est à partir de là, loin des siens, qu’il va cultiver sa différence. À Paris, il plonge dans le grand bain du jazz, en pleine révolution. Voir Coltrane à Pleyel, ça vous change un destin.

Étudiant le jour, pratiquant la nuit, Louis Xavier s’illustre dans les cabarets et clubs du quartier latin, à la tête d’El Conjunto Chungo, un orchestre de danse en mode Joe Cuba Sextet qui fait guincher. C’est encore une bande d’amis, un groupe d’amateurs qui éclaire L’Escale rue Monsieur Le Prince, La Romance, boîte dans le style brésilien. En cette fin des années 1960, Paris s’agite et le Martiniquais qui file sur ses trente ans fait le métier en allant « à la foire aux esclaves », un bar de Pigalle où chaque semaine les musiciens du monde entier proposent leurs services. Il peut animer des bals mondains, arriver dans les hôtels particuliers. « C’est comme ça, dans une bat-mitzvah, que j’ai par exemple croisé la route d’Eddy Louiss ! » Le bassiste se fait ainsi un carnet d’adresse, mais aussi les doigts. Et c’est ainsi qu’il va rencontrer un homme qui changera le cours de sa vie, lors d’une des nombreuses séances qu’il assure « sans jamais être crédité » – la rude loi du métier qu’il apprend à ses dépens – avec son conjunto dans des studios parisiens. Au cours d’une de ces nombreuses sessions, dans un studio du XIVème arrondissement, Louis Xavier est associé au batteur Eddy Gaumont. « L’aventure du conjunto se délitait, et cette rencontre a été extraordinaire. » Plus qu’une nécessaire régénération, ce sera une révélation pour le bassiste leader. Eddy vient du jazz, lui plutôt du latin et de la musique antillaise, ils s’entendent sans trop se parler. « Après la séance, Eddy m’a proposé de monter un groupe. J’ai dit oui sans trop y croire. » Un temps passe. « Sauf que quelques semaines plus tard, je l’ai croisé à 500 mètres de chez moi. Nous étions voisins ! » Louis Xavier, qui a entretemps décidé d’arrêter net la musique, y voit un signe du destin. Au tournant des années 1970, les deux amis commencent à échanger autour d’un magnéto Sony TC 630. « Il m’a dit de prendre la contrebasse pour l’accompagner lui et sa petite amie. J’ai mis les doigts, et c’était reparti ! » Et comment !

Eddy Gaumont, c’est un personnage avec une énergie pas banale. « Il était habité par la musique. Il pouvait tout casser. » Dans la lignée d’un Jacques Thollot, le Guyanais a fréquenté Kenny Clarke, le grand pair et fort en thèmes qui délivre ses secrets aux meilleurs, fricoté avec l’avant-scène du jazz et ensuite : Michel Portal, Beb Guérin, François Tusques, Barney Willen… Les deux font affaire, forment une paire de complémentaires pour monter un groupe tendance ouverte. Ils s’investissent corps et âme, dans ce qui devient le Synchro Rhythmic Eclectic Language. « Une appellation trouvée par Eddy, qui traduisait le phénomène d’une communication ouverte, pas dans un moule, mais dans une unité. Ce nom est très parlant : dans notre groupe, on se parlait, on échangeait ! » Ce nom rappelle une fois encore les visions de la créolisation – une idée de diversalité, un sens de poétique de la relation – telle que définie par Edouard Glissant.
Toujours est-il que l’aventure prend forme, et parvient même à passer sur les ondes du Pop Club de José Arthur, défendue par Maurice Cullaz, le monsieur loyal du jazz hexagonal. S’annonce un premier concert, le vendredi 15 octobre au Chesnay, banlieue parisienne. À l’Ouest du nouveau ? À en croire le souvenir ému de Louis Xavier, quasiment un demi-siècle plus tard, l’association promettait des lendemains qui swinguent sacrément. Dominique Gaumont, le petit frère guitariste qui s’illustrera sitôt au sein du Miles électrique, était en première partie. « Quel phénomène celui-là aussi ! Quand il était sur scène, il fallait le pousser pour l’en sortir. » Un deuxième concert est prévu à Athis Mons. « On devait jouer le samedi, depuis le jeudi, je n’avais pas de nouvelles d’Eddy. On a dû le remplacer, mais j’ai eu le pressentiment que quelque chose s’était passé. » Las, Eddy ne viendra plus aux rendez-vous.
« Après la mort d’Eddy, je ne voulais pas laisser mourir ce à quoi il croyait. » Louis Xavier prend les rênes de la formation, avec le pianiste Jean-Louis Bucchi, un musicien vivement conseillé par Eddy Gaumont qui n’eut pas le temps de le présenter au groupe. Le bassiste le rencontrera à l’institut médicolégal en cette triste fin 1971. « On s’est reconnus sans s’être jamais vus ! » Jean-Louis Bucchi sera précieux dans cette nouvelle phase du groupe, orphelin de son créateur. À partir de 1972, les concerts s’enchaînent, notamment à Avignon, où il se souvient « de grands moments de fraternité » malgré la précarité des conditions. La descente des plus épiques se fait en estafette. « Il fallait remplir le réservoir d’huile tous les 100 km ! » Sur place, ils dorment à même le sol d’une caserne. Et pourtant, rien n’use leur envie d’accoucher une musique d’improvisation constante, dans une symbiose totale. « On a créé une pièce in situ. C’était phénoménal ! Comme par télépathie avec Jean-Louis, Jo Maka était sur nuage, dans des hauteurs… » C’est là qu’ils rencontrent Steve McCall, batteur de Chicago. Ce ne sera pas le seul à passer dans ce collectif de fortes personnalités. « Les nouveaux arrivants font venir d’autres personnes. Jean-Louis amène Gérard qui fera venir Jean-Yves Rigaud, violoniste de Magma ». Et ainsi de suite. Ça n’arrête pas, générant un brassage d’idées transversales, creusant un sillon d’une fusion qui se joue dans les obliques. « Nous étions prêts à l’écoute, prompts à changer dans l’échange », reprend Louis Xavier, toujours dans une langue qui rappelle la poétique de la relation chère à Edouard Glissant.
Ça va du quartet à de plus amples formations, accueillant des musiciens au pedigree des plus divers : le saxophoniste Marcel Louis Joseph, déjà dans le conjunto, entre « comme bon lui chante » dans la musique, et puis plus tard Talib Kibwe, les frères Cosaque dont le tambour de bouche s’adonne au boulagyel, Mino Cinelu encore tout jeune, le trompettiste Longineu Parson… « Au départ, Synchro Rhythmic Eclectif Language, c’est un groupe. Puis c’est devenu un agglutinement de musiciens qui apportaient des choses différentes. On a même eu un percussionniste indien, un Amérindien qui jouait de la trompette. » Il y aura aussi le Japonais Sabu Toyozumi, rencontré à l’American Center, la plaque-tournante de l’époque. Un drôle de bonhomme qui cogne avec une sacrée énergie. « Nous avons tout de suite travaillé à deux. Moi aux claviers, lui aux baguettes. Il avait une vraie délicatesse, une onctuosité. Avec lui, le temps s’étirait. »

Justement, revenons à la chronologie. L’année 1973 se rythme de concerts, notamment au théâtre Mouffetard. Le collectif se consolide et repasse par le Pop Club de José Arthur en mai 1973. Aux côtés du bassiste, il y a le saxophoniste Jo Maka « mon grand frère », le guitariste Gérard Curbillon, « le petit frère », Jean-Louis Bucchi aux claviers et orgue, Jean-Claude Antoinette au tambour gwo ka, Jannick Tridz « homme-orchestre » qui caresse la conga… « On sait où ça commence avec Synchro Rhythmic Eclectic Language mais heureusement on ne sait jamais où ça se termine ! », prédit l’homme au micro. S’ensuit une vingtaine de minutes qui fleurent bon les années fleuries, un jazz teinté de soul et de doux délires. L’émission phare des cultures au pluriel lui permet d’être introduit par son ami Pierre Lattès à un des frères Ertegun, producteur d’Atlantic. Peu versé dans le show off, Louis Xavier fait low profile, « bal fini, violon dans le sac » comme dit le dicton. Il décline l’offre de retravailler sa musique pour pouvoir traverser l’Atlantique et signer sur le label de tant de stars. « Moi, je voulais juste faire ce dont j’avais envie. Je ne voulais pas pervertir mes désirs ! »
C’est donc avec un autre producteur, Moshe Naïm, qu’il signe. « Esotérique, érudit, esthète, il avait des hauts et des bas. » Le profil du type pas facile, mais qui peut se révéler fort utile. En ce début 1974, Moshe Naïm est plutôt au top, suffisamment pour pouvoir offrir une séance d’un mois au studio de la Grande Armée ! « Moshe m’a permis de pousser mon cri primal ! », insiste celui qui se souvient avoir dû jouer pour la balloche, faire les parquets. Le Synchro Rhythmic Eclectic Language bénéficie de conditions hors-norme, libre de faire comme bon les enchantait. Et comme ceux-là s’y entendaient en matière de chantier sonore. Neuf titres furent mis en boîte, quatre figureront dans le LP qui sortira en 1976. Avec d’emblée Rigibo, un puissant boulagyel, ce tambour de bouches qui inscrit le disque dans le terroir antillais de son leader. De quoi offrir à Jo Maka le tremplin d’un terrible solo au baryton, boosté par une boucle organique des claviers de Georges-Edouard Nouel. Le deuxième thème, longue suite stratosphérique, plane du côté du jazz spirituel, avant d’évoluer sur un groove cadencé. Il donne son titre à l’album : Lambi, un mollusque pas du genre mou. « Il y a beaucoup à dire, à manger dans le lambi. Depuis les Arawaks, c’est aussi un instrument mystique, un instrument d’appel, de révolte ! », prévient Louis Xavier. En face B, ABCD part pied au plancher, effusions rythmiques jazz funk et encore une fois Jo Maka digne de Wayne Shorter vs Weather Report. Last, but not least, Pasto (le surnom de Georges Pastel, percussionniste qui fut de l’initiale équipée) clôt le recueil sur un jazz en version latine – à moins que ce ne soit une biguine en version improvisée –, avec cette fois une guitare et un violon, tout de cordes subtiles, décollant sur un tapis de douces percussions. À ces quatre titres, la présente réédition ajoute un 45-tours, jamais sorti, qui ajoute au cachet de cette nouvelle version, augmentée, du LP d’origine. Écoutez donc l’étonnante ronde, un rien baroque, un brin bizarre, baptisée El Gason !
« Ce disque, c’était un aboutissement, comme un enfant. » Et le résultat est à l’image de cette histoire débutée cinq ans plus tôt : du funk ésotérique au jazz rock psychédélique, cette bande-son à géographie et géométrie variables ressemble à ceux qui la composent. « Toutes ces parties aussi dissemblables qu’elles fussent font partie d’un seul et même puzzle. C’est le mystère de la création. » Certes, mais tout s’explique, comme ce côté planant qui irrigue certaines plages : « On a quand même fait la première partie de Soft Machine à la salle Wagram ». « Je disais que je faisais mon jazz à moi. Ce n’était pas tout à fait du jazz, mais les jazzmen s’y entendaient parfaitement. » Cette ouverture n’est pas sans faire écho à la great black music : un slogan venu de la cité des vents dans lequel l’héritier des alizées se retrouve, « naturellement ». « Cette musique, cela correspond à mon cheminement depuis que je suis arrivé. Dans ma quête, Jo Maka m’a aidé. J’ai peut-être des membres de ma famille qui vivent en Louisiane, à Saint-Domingue, ou ailleurs. C’était le marché aux esclaves. »

L’expérience fut saluée, même si elle ne connaîtra comme seule suite discographique, un disque que le groupe enregistre avec le chanteur Franck Valmont. « Pour s’entendre, il fallait adapter notre musique et que le chanteur fasse aussi un pas vers nous. » Ce disque eut son écho, mais ce fut surtout les concerts des 10 et 11 novembre 1977, lors du festival d’automne, en première partie des Last Poets qui firent grand boucan. « En première partie des Last Poets, l’orchestre de Louis Xavier, qui devait être 8, puis s’est retrouvé à 16 + 4 danseurs. On en a eu pour notre argent. Maintenant qu’on a un orchestre nègre intra-muros, j’espère qu’on saura en profiter. Parce que ça en vaut la peine, foi de visage pâle. », relatera le perspicace Charlie Hebdo. « Je ne voulais pas refaire la même chose. J’aimais me mettre des défis. C’est ainsi que j’ai monté un spectacle autour du conte créole. Franck Valmont en fut la voix. J’y retraçais l’histoire des Antilles, à la première personne du singulier. », insiste celui qui fut plus d’une fois directeur artistique et arrangeur pour des voix, dont celle de la Guyanaise Josy Masse. L’homme aux talents multiples (auteur, compositeur, arrangeur, chef d’orchestre…) se démultiplia dans ces années de tous les possibles : sideman apprécié, on le retrouve sur l’album de George-Edouard Nouel en 1976, avec le trompettiste Ambrose Jackson pour « une expérience proche du free jazz » ou encore sur le génial Trapèze du batteur Noel McGhie. Autant d’expériences qui racontent l’ouverture esthétique de ce musicien atypique : « Essayer de rester moins en surface, d’aller au-dedans… Je pars de mes racines, avec l’acquis que j’ai eu malgré, ou avec moi, avec ma complaisance, et j’essaie de faire quelque chose, de rester antillais, même si la musique tend vers un universalisme. », confiera-t-il en 1980.
À l’aube de cette nouvelle décennie, Louis Xavier qui s’est déjà illustré à France Culture et France Musique, grâce à son ami Pierre Lattès, et travaillera plus tard pour Ocora lors d’ateliers sur la polyphonie africaine, se lance dans l’aventure des radios libérées. Ce sera Radio Mango qui naît de la volonté de quelques amis, suite à la suppression du monopole d’État, par la loi du 29 juillet 1982. Un an plus tôt, il a publié sous son nom Ladja, avec un sous-titre des plus explicites : « Jazz With a West Indian Soul ». Jean-Louis Bucchi, Adolf Winckler, Jean-Yves Rigaud, Gérard Curbillon… le casting rappelle Synchro Rhythmic Eclectic Language. D’autres noms s’ajoutent. Il y a surtout la présence de Jo Maka dont l’aura plane sur cet album : il signe la moitié des six thèmes. L’ami guinéen partira au mois de mars rejoindre Eddy Gaumont, tragiquement disparu dix ans plus tôt. Pour Louis Xavier, qui est toujours resté enseignant tout en pratiquant la musique, « sans nécessité alimentaire, ce qui préserve l’indépendance et le désir », c’est sans doute un signe. Alors qu’il salue ses racines – Ladja fait référence à la « capoeira martiniquaise », « ce qui m’a marqué dans les fêtes de village, notamment à Sainte-Anne, quand gamin j’allais écouter le tambour qui me happait l’esprit » –, alors que le disque est salué par la presse, d’Actuel à Jazz Hot, Louis Xavier prend du recul avec la scène, sans rompre avec la musique. Peu à peu son nom s’efface des tablettes d’une histoire vite oublieuse, jusqu’à ce que quelques acharnés du vinyle le redécouvrent enfin. C’est aussi cela le prix de ce disque, qui pourrait bien être la première face d’autres merveilles insondées. « Depuis que je suis à la retraite, je regarde ce que j’ai fait, enregistré. Je remasterise les choses que j’avais faites dans le temps. » À bon entendeur.
Discographie
Fanm - 1984 - Josy Mass - Avec Bernard Lapierre, Fabrice Raboisson, Francis Lapierre, Jo Maka, Louis Xavier
Ladja - 1981 - Louis Xavier - Avec Jo Maka, Adolf Winkler, Elisabeth Maman, Jean-Yves Rigaud, Gérard Curbillon, José Ulté, Alain Jean-Marie, Jean-Louis Bucchi, St Yves Dolphin, Alain Delos, Christian Denis, Julien Anglio, Alain Desremparts
Franck Valmont Et Syncro Rhytmic Eclectic Language - 1976 - Franck Valmont - Avec Jo Maka, Louis Xavier, Yves Dolphin, Gérard Curbillon, George Nouel, Gérard Petitbon, Gérard Philadelphe, Les Frères Cosaque, Raymond Betzi, Franck Valmont
Lambi - 1976 - Synchro Rhythmic Eclectic Language - Avec Gérard Curbillon, Georges-Edouard Nouel, Jean-Yves Rigeaud, Joe Maka, Louis Xavier, Saint-Yves Dolphin, Steve MacCall
Noel Mc Ghie & Space Spies - 1975 - Noel Mc Ghie - Avec Georges Nouel, Gorge Joao, Itaru Oki, Louis Xavier, Noel McGhie
Chodo - 1975 - Georges Edouard Nouel - Avec Dany Capron (congas, cowbell, guiro, drum [Ti-Bois]), Fabrice Raboisson (drums, percussion), Georges Nouel (piano, electric piano [Fender]), Louis Xavier (bass guitar), Saint-Yves Dolphin (cowbell, guiro, drum [Bel-Air])



