Abracadabra in Jazz - Jazz

[Abracadabra in jazz] Premier essai : Miles électrique, the Unreconstructed

En ces années 1968 – 1975, cruciales par leurs attendus musicaux et leurs positions sociales révolutionnaires, Miles Davis va se trouver comme un poisson dans l’eau du Mississipi ou de l’Hudson pour mettre en harmonie son tempérament rebelle à ces nouveaux courants.

Dégoûté du système régnant dans le circuit du jazz où on se produit comme au cirque, Miles regarde ailleurs et particulièrement vers le mouvement de la jeunesse américaine qui envoie aux orties les anciennes et convenables attitudes musicales.

Attiré par le mouvement culturel noir en éveil identitaire et le mouvement flower people de la jeunesse blanche qui puise à tous bras dans le blues et la musique populaire noire, Miles en comprend l’essence et se met au parfum selon ses propres normes. Il se produira désormais en des lieux où cette jeunesse construit ses propres cavernes de jouissance, tels Fillmore East ou West, et donnera à ses albums un graphisme psychédélique très relié aux drogues.

Miles se portera en avant défiant tous les modes et imposant la sienne tel un Phoenix. Incompris des noirs et des blancs il ira, imperturbable, sur ce chemin solitaire, forçant la main à sa maison de disque Columbia, inventant une musique autre par la forme et le fond. Une forme inédite sans début ni fin aux découpages inattendus un fond qui mélange électronique, rythmes forcenés d’inspiration africaine, indienne aux recherches d’avant-garde de Stockhausen ou de Steve Riley.

Une musique au-delà des musiques reconnues, un univers rebelle et ardent qui se veut à lui seul un tout-disant de la musique noire, soit-elle comprise ou pas.

Du pur Miles ! Unreconstructed !

Le Concert de l’Isle de Wight est le point de passage vers ce qui est pour Miles le Rubicon vers l’électrique où Jimi Hendrix lui permettra de donner à sa trompette une dimension hautement pop, celle de la guitare électrique wawa. Un passeport vers un autre monde de liberté.

C’était le 29 Août 1970. Tout a basculé et Miles Davis est devenu Selim Sivad.


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