Trois ans après un fantastique premier album qui nous avait renversés, Mario Canonge revient avec son trio bouillonnant, formé avec Michel Alibo et Arnaud Dolmen. Le nouvel opus s’appelle Caldeira et ce nom volcanique n’a jamais aussi bien été porté. De fusion, il est bien entendu question, entre ces trois musiciens qui se pratiquent depuis tant d’années. Et si Mario a fourni les onze compositions de l’album, c’est bien un travail d’ensemble où chacun apporte sa touche, dans les arrangements, le jeu et la vitalité contagieuse qui s’en dégage. Sur trois titres, Godwin Louis, saxophoniste d’origine haïtienne formé à Berklee et nominé aux Grammy Awards, apporte une dimension supplémentaire. Le single de l’album, No Discuss, illustre à merveille le propos de l’ensemble, passant avec un naturel déconcertant d’un hard bop débridé à une biguine jazz au balancement irrésistible. On a l’impression qu’avec un trio de cet acabit, tout est possible. Et ce n’est pas loin d’être le cas, entre le don de la mélodie, la virtuosité de Mario, et l’insolente puissance maitrisée de la rythmique d’Arnaud et Michel, aussi fine que polymorphe, toujours à l’écoute du clavier. Les moments de répit – très relatif ! – sont peu nombreux, mais se dégustent avec délectation, comme le dialogue à quatre de Fire Dance où chacun s’exprime et se répond attentivement, ou bien Au Pied Du Volcan, au calme trompeur. Et c’est évidemment la montagne Pelée qui est au cœur de cette inspiration, autant génératrice d’énergie (Mi Bab, Gospelée) que de souvenirs douloureux (Cyparis Flower, où le passage au Rhodes de Mario ajoute une touche nostalgique). Caldeira s’achève sur l’apothéose forcément explosive de Zanzolé et confirme que nous avons affaire, ici, à l’un des meilleurs trios du jazz actuel, en France et même plus loin.




