Pour son troisième album en leader, Ti Piman, le pianiste martiniquais Hervé Celcal invite l’un des batteurs en pleine ascension de la scène caribéenne, Tilo Bertholo. En duo, ils illustrent les détours de la vie, tristes ou joyeux, futiles ou importants, sous toutes les couleurs, les saveurs et les parfums du piment, ingrédient incontournable de la cuisine antillaise. Celcal revisite les rythmes et les styles, ancre sa musique dans un bèlè jazz jouissif, et brode par-dessus en ajoutant les idiomes du groove latin, du funk, du ska, de la biguine, au gré des compositions. Autant de titres que d’histoires ou de paysages, comme le cinématique Guèryé, Guèriéz aux humeurs changeantes, entre bèlè et groove, et duquel surgit sans prévenir, une fugue que Bach lui-même n’aurait pas reniée. Ou bien l’irrésistible Smile ! dont vous accompagnerez certainement les chœurs joyeux, confiés à Caroline Faber et Loïc Prache. La formation classique d’Hervé ressort par endroits, et donne à Sarcasmes des airs de nocturne de Chopin. Plus loin, La Belle Fayte, entre calypso, biguine jazz et injonctions de quadrille, se prête aussi à merveille à ces mariages, modernisés par une lecture harmonique souvent innovante. On pense évidemment aux maîtres, Alain Jean-Marie, Mario Canonge, dont l’esprit plane sans aucun doute sur cet album. Le dialogue avec Tilo Bertholo est des plus inspirant. Les deux musiciens s’accompagnent et se répondent avec un équilibre parfait. Tilo rend ses fûts harmoniques, pour répondre aux rythmes qu’Hervé souligne au piano, et les deux deviennent conteurs à parts égales. Avec Ti Piman, Hervé Celcal nous propose une fresque généreuse et relevée, au cœur des musiques qui ont fait l’identité caribéenne, un mélange profond, en perpétuelle évolution, et qui souligne l’actualité toujours vivante de cette fusion.



